26 avril 2008

Microsoft peut-il être l’IBM de demain ?

Par Claude Marson

 

Article_claude_marson2 En 1981, dans un monde alors totalement dominé par IBM, quand le premier PC est sorti, les positions étaient tellement figées, que personne n’aurait pu imaginer qu’un jour on puisse se poser un jour la question du successeur de celui que l’on appelait le n°1.

Aujourd’hui la question n’est ni farfelue ni taboue.

Qui sera donc l’IBM de demain ?

IBM lui-même, Oracle dont les dents raclent les marchés tous azimuts ou Microsoft qui multiplie les annonces et messages subliminaux.

Trois fronts distincts

L’avenir est tout tracé. Dans quelques années, il ne subsistera que quelques éditeurs et l’un d’entre eux, nécessairement, mathématiquement, sera le nouvel IBM.

Article_claude_marson1_2 Pour que Microsoft soit celui-là, il lui faudra livrer trois batailles : celle du poste de travail ou l’ennemi, en face, s’appelle Internet, celle de la reprise des applications de back office, batch et transactionnelles et cette fois les mitrailleuses pointées sur lui sont fabriquées par IBM et celle des grands progiciels métiers, où le « kaiser » SAP mais aussi le « skipper » Oracle, veulent à tout prix maintenir leur leadership sur les grands comptes d’aujourd’hui et les PME de demain.

Comme en 14, les fronts sont bien délimités, les belligérants ne parlent pas la même langue et les théâtres d’opération ne sont pas contigus.

Et les poilus c’est nous, les utilisateurs otages.

La bataille du poste de travail

Microsoft domine le marché du poste de travail de manière outrageante avec Windows et ses logiciels de productivité individuelle : Office, Exchange, etc.

Les machines des utilisateurs, dopées de processeurs multicoeurs, embarquent de plus en plus de fonctionnalités locales, alors que dans le même temps, les réseaux environnants, câblés et sans fil, s’appuient sur une bande passante pléthorique et une disponibilité quasi sans faille.

Jusqu’à maintenant la question du remplacement des solutions Microsoft sur le poste de travail ne se posait pas. Les utilisateurs voulaient « leur » Office et « leur » Outlook, même s’ils ne se servaient que de 5 % de leurs fonctionnalités et même si l’addition en termes d’équipements et de licences devenait de plus en plus salée. C’était inéluctable.

L’alternative aujourd’hui est devenue plus crédible et Microsoft l’a bien compris qui a lancé en juin dernier un Office Live pour concurrencer Google Apps.

Cette alternative s’appelle Internet.

Contrairement à ce qu’avaient imaginé Novell et Sun, qui pensaient pouvoir remplacer en leur temps, le noyau Windows par Linux, l’OS de Microsoft est là et bien là et on ne voit pas qui pourrait le contester.

Par contre, pour tout ce qui est « au dessus », c’est-à-dire les services et les applications, là rien n’est joué. Et le marché est en train de s’ouvrir.

Le principal atout de Microsoft, pour se maintenir, est bien sûr la légitimité de la filière Windows, XP et Vista et l’énorme base installée de produits Office, qui le rendent quasiment incontournable, si des concurrents se risquaient à le provoquer en frontal.

La menace vient d’ailleurs. Des solutions hébergées sur Internet par Google, Yahoo et par cette myriade d’éditeurs qui pensent qu’Office ne sert à rien, qu’il est trop lourd, que personne n’en a l’usage véritable, au-delà de quelques fonctions de base et qu’à part les quelques « fous furieux » de la macro Excel, l’utilisateur lambda n’en a qu’un emploi limité : de l’édition de base sous Word et des textes et tableaux, vaguement illustrés par quelques formules et macros.

L’alternative consiste donc à proposer des solutions plus simples, plus « friendly », accessibles sur Internet, moyennant paiement à l’usage.

On sent aujourd’hui que de nombreux utilisateurs pourraient se contenter de ce minimum minimorum. A mille lieux de ce que leur propose Office et qu’un simple noyau Windows sous-jacent, allégé, libéré du reste, ferait largement l’affaire.

D’autant que l’usage même de ces outils sur Internet s’est fortement amélioré par le mode Web 2.0 et sa composante cliente Ajax, qui leur donnent l’illusion d’être en local, alors qu’ils sont en mode connecté réseau.

Dans les années à venir, il y aura de plus en plus de solutions hébergées. Même si le marché est fortement marqué par des solutions locales et que de nombreux utilisateurs craignent pour la confidentialité de leurs données, celles-ci pourraient bien quitter le giron local pour s’aventurer sur des serveurs Internet. D’autant que l’on subodore que 80 % de ces données, soi disant confidentielles, en réalité ne le sont pas. Et que cela fait partie du mirage.

D’ailleurs rien ne pourra empêcher un éditeur de proposer des logiciels hébergés, téléchargés ou plus vraisemblablement streamés à la demande, qui viendront s’exécuter sur le poste local, de manière à préserver ces fameuses données.

Pour Microsoft le danger est réel, qui l’obligera à revoir ses positions.

Son artillerie est certes lourde, mais elle tire au dessus des lignes ennemies. Sa stratégie est remarquable, mais le champ de bataille devenu planétaire, s’est déplacé. Ses produits sont superbes, mais ils n’impressionnent plus personne, comme si tout cela était normal. Et surtout, ils sont jugés trop chers et attachés à des licences incompréhensibles.

La bataille qui s’engage sera plus indécise qu’on se l’imagine. Pour s’imposer, Microsoft devra bétonner ses arrières avec des produits eux-aussi hébergeables (voir Office Live), sans pour autant abandonner ce qui a fait son succès. Et pour lui, le curseur sera d’autant plus difficile à placer entre le local et l’hébergeable, qu’il risque de se faire concurrence à lui-même.

Restera le sort de Windows sur le poste de travail.

Bien que réduit au rang de noyau (le futur Singularity va dans ce sens), sa position est quand même moins fragile. Bien qu’il doive s’attendre à affronter de nouveaux venus, les WebOS en particulier, qui pourraient être fondés sur un noyau Linux, avec au dessus une machine virtuelle Java, véritable cœur opérationnel, dans laquelle toutes les applications viendrainet s’exécuter.

Contrairement au tout Linux d’hier qui n’avait pas de sens, le couple noyau Linux – machine virtuelle Java, cette fois, est crédible. Non pas tant parce qu’il serait l’émanation d’un monde libre et émergent, car le modèle économique sous-jacent reste illusoire, mais bien parce que c’est logique et que « ça marche ».

Le poste de travail devenant de plus en plus un terminal HTML ou XML, tout passera par un container Web : un navigateur Internet avec sa machine virtuelle ou un run time d’exécution java. Inutile donc de trop charger la bête. Un simple noyau Linux fera l’affaire…d’autant que personne ne se rendra compte de sa présence.

Le front ouvert contre IBM

La deuxième bataille que livrera Microsoft, l’opposera à IBM.

L’enjeu, cette fois, ce sont les 240 milliards de lignes de code Cobol qui tournent quotidiennement (sur 300). Autrement dit, toutes les vieilles applications batch et transactionnelles, qui s’exécutent sur des mainframes ou des plates-formes plus modernes, pour lesquelles elles auront été recompilées (exemple de Bull qui a basculé 50 % de son code applicatif GCOS sur la gamme Novascale Itanium) .

Jusqu’à maintenant on n’a pas touché au fonctionnel. On s’est contenté de recompiler.

Cela dit, le jour viendra où les applications auront pris un « coup de vieux » et où il faudra fatalement les repenser de l’intérieur. Faire du réingéniéring comme disent les consultants.

Et là se posera la question du framework de reprise.

Microsoft a pour ambition d’imposer .Net sur ses plates-formes Windows, voire pourquoi pas de temps en temps Linux, puisque l’idée de Mono (.Net sur Linux) semble faire son chemin. Il veut récupérer le maximum d’applications retranscrites et les exploiter sous .Net. C’est son droit.

C’est aussi celui d’IBM que de ne pas être d’accord. L’ex n°1 a tout misé sur Java. Pour lui, à terme, il n’y a pas d’autre issue que le portage sur des plates-formes de ce type, sauf que le chemin est semé d’embûches, que le framework est encore très imparfait, que les EJB ne font plus rire personne et que même simplifiés en EJB3, ils continuent de faire peur.

Des pans entiers ne sont pas correctement traités : mapping objets-données, persistance, transactionnel long, par exemple, qui sont à l’origine de bien des déboires.

Autant la partie cliente de ces applications « repensées » ne posera pas de problème, car le JCP (Java Community Process), sorte de gouvernement du monde Java, a eu la bonne idée « d’inviter » dans la machine virtuelle Java 6 (projet Mustang) des langages script tels que PHP, Ruby, Python ou Groovy, ce qui évitera d’installer des interpréteurs dédiés, autant la partie métier, le modèle, comme disent les spécialiste du pattern MVC, restera délicate à écrire.

Vouloir repenser une application batch ou transactionnelle en se fondant sur les seuls composants standards disponibles aujourd’hui reste dangereux…à moins de disposer en interne des équipes et des compétences pour réécrire une partie du framework technique de manière spécifique.

A terme ce sera pourtant inéluctable.

Alors qui l’emportera. IBM qui aura tout misé sur un langage et un framework dont il n’a pas la totale maîtrise (Sun et JCP) ou Microsoft qui aura fait évoluer .Net et la plate-forme Windows pour devenir compétitif.

Que l’on ne s’y trompe pas. Vista au-delà des effets graphiques et surtout Windows 2008, sont bien les tremplins de cette stratégie de récupération. Qui ne fait que commencer. IBM, qui revendique aujourd’hui 85 % du marché mondial des mainframes joue son avenir sur cette seule carte java. Plus encore qu’en 1981 avec le PC, sa position est fragile et peut basculer du jour au lendemain.

Si Java échoue dans la bataille des mainframes, IBM éclatera en morceaux.

Tout dépendra de la capacité qu’auront le langage et les frameworks associés de s’universaliser, autrement dit d’être adoptés par la planète. En gros de devenir le Cobol de demain.

Le basculement de Java en Open Source est de ce point de vue une excellente nouvelle pour les opposants à Microsoft. La seule issue possible d’ailleurs dans un combat qui s’annonce titanesque. Ce qu’a très bien compris le nouveau CIO de Sun, Jonathan Schwartz, contrairement à son prédécesseur Scott McNealy, qui lui, a préféré partir plutôt que « de voir ça »…

La crédibilité de Microsoft sur les grands progiciels métiers

Au-delà des serveurs et des plates-formes de développement, Microsoft aura besoin de s’appuyer sur une crédibilité grands systèmes, en se forgeant une réputation dans le domaine des logiciels métiers, là ou il est peu présent et où Oracle et SAP règnent en maîtres.

Qu’il s’agisse de décisionnel ou d’ERP, Microsoft, pour l’instant, ne dépasse pas le niveau d’une grosse PME. Dynamics, par exemple, l’ERP maison, cible des comptes de 1000 à 2000 personnes, de même que ses solutions décisionnelles.

La dernière marche, celle qui lui permettra de se hisser au niveau d’Oracle et SAP, est très haute. Rien ne dit d’ailleurs, qu’il sera capable de la gravir seul. Le plus probable est qu’il procédera par acquisition et fera entrer dans son giron un grand nom du milieu.

Le problème est que les grands noms en question se font rares et que les plus belles pépites ont déjà été acquises par le prédateur Oracle, Peoplesoft, entre autre, qui lui-même avait déjà acquis JD Edwards.

Reste SAP, qui est un plus gros morceau encore.

Il se dit depuis deux ans que Microsoft et SAP se rapprochent, voire se touchent. Mais rien n’est fait et ce n’est pas parce que l’on peut accéder à certains modules SAP depuis Office, qu’il faut s’imaginer que le mariage est consommé.

D’autant que pour une fois, SAP vient de déroger à sa règle stricte de développement interne en rachetant BO pour six milliards de $ et aurait paraît-il l’intention de ne pas en rester là. Sa stratégie (la même que celle d’Oracle) de réécriture de ses gros progiciels sous forme de services – il y en aurait 30.000 – de manière à les rendre modulaires et accessibles en mode hébergé par des PME, témoigne de cette volonté. Sauf que c’est loin d’être facile à réaliser.

Réécrire un « monstre » tel que l’ERP SAP sous forme de services, alors même que les frameworks nécessaires, ne sont pas tous disponibles, est une gageure, dont pourrait bien profiter Microsoft, qui aurait ainsi le temps de se positionner : faire évoluer Dynamics vers les grands comptes ou procéder à une acquisition majeure.

Dans le domaine du décisionnel, les difficultés sont encore plus grandes.

Microsoft dispose de quelques atouts, mais n’a pas de solution crédible pour des grands comptes. Et on le voit mal faire évoluer sa plate-forme actuelle pour concurrencer les grands de ce domaine. Il lui faudrait du temps pour cela et ce temps, il ne l’a pas.

La seule solution sera de procéder à un rachat.

Le problème là encore, est que les cibles potentielles se sont raréfiées. Il y a peu, il y avait encore quatre grands éditeurs sur ce créneau : SAS, Hyperion, BO et le canadien Cognos.

Hyperion a été racheté par Oracle, BO par SAP et Cognos par IBM. Ne reste donc que SAS, mais sans doute trop marqué par ses origines statistiques et graphiques, pour en faire un candidat sérieux.

Après avoir manqué en son temps le rachat de Rational, tombé dans l’escarcelle d’IBM pour 2 milliards de $, Microsoft a sans doute raté quelques belles opérations, sur des créneaux où il est pourtant attendu. Mais peut-être n’en avait-il pas les moyens.

On ne prête qu’aux riches

Tout cela pourrait n’être finalement qu’une affaire de gros sous.

Pour se forger une réputation dans les grandes applications métiers, Microsoft devra en avoir la volonté et les moyens.

Son chiffre d’affaires estimé pour 2007 tournera autour de 50 milliards de $. Celui d’IBM se situera aux environs de 100 milliards de $ et celui d’Oracle à une vingtaine de milliards de $.

Quant à sa « victime » présumée, SAP, elle dépasse les 14 milliards de $. Sachant que sa valeur mobilière, serait d’après certains analystes, de l’ordre de 60 milliards de $.

C’est donc un gros morceau. Mais si Microsoft veut vraiment asseoir ses positions, il n’aura pas le choix. L’effort à accomplir sera à la mesure du but recherché. S’il ne le fait pas, il restera peut-être le roi du poste de travail, mais dans 20 ans on en sera encore à se demander si cela vaut la peine de passer à la version 128 bits de Windows 2027. Et il y aura belle lurette que la question n’intéressera plus personne.

 

11 février 2008

Yahoo, enjeu du choc des titans

Au-delà des commentaires sur l’OPA lancée par Microsoft sur Yahoo, il est intéressant d’analyser plus en détail les enjeux réels et sous-jacents de cette opération face à Google. Voici quelques éléments de réflexion.

Les enjeux d’abord : quels sont les différents secteurs de marché grand public et professionnel qui sont impactés et comment ?

- Le premier enjeu à court terme est celui de la présence sur le marché grand public du Net et la convoitise des 30, 50, 80 milliards de dollars de publicité (estimation cependant discutable) à échéance 2010 sur le Net. Ce marché est en grande partie adossé à un business model de « tiers payant » : services contre publicité. Les services attirent le consommateur (ces services sont gratuits pour lui) qui génèrent un trafic que l’annonceur cherche à capter par la publicité (C’est donc l’annonceur qui paye les services). Ces services peuvent être un Portail (MSN) qui héberge de la publicité « affichée » (on paye un « pavé publicitaire » à la page vue) ou un moteur de recherche (Google) et la fameuse publicité au clic (on achète un mot clef, quand ce mot est frappé comme mot clef de recherche, on affiche le « lien sponsorisé » de l’annonceur qui a acheté le mot en question, et il paye si l’internaute clique sur ce lien). Comme on le voit ces deux approches valorisent le trafic sur un site (le CA réalisé est fonction du trafic), et toute la stratégie consiste à  générer du trafic à partir d’un contenu (Portail) ou d’un (ou plutôt de multiples) service(s) qui attirent le consommateur : mail, messagerie instantanée, vidéo publiée, cartographie, plans, blogs, réseaux sociaux, etc.

- C’est cette approche qui fait apparaître le deuxième enjeu à moyen terme : compte tenu de l’évolution technologique des réseaux, logiciels et modes de programmation,  ces services ne pourraient-ils pas être à terme d’anciens services « payants » devenus gratuits ou plutôt « tiers-payés » : on pense à la musique, ou aux logiciels pour PC via le SaaS (Software as a Service chez Google ou Software+Services chez Microsoft) : la suite Office sur site Internet « gratuite » et payée par la publicité ! Le grand public n’est plus véritablement dans ce contexte la cible principale qui intéresse (préoccupe ?)
Microsoft, c’est la contamination à terme (5 à 10 ans) au marché professionnel avec le risque pour Microsoft de voir  attaquer le quasi monopole dont il jouit avec la suite Office et potentiellement Windows (plus de 50 % de son CA de plus de 50 milliards de dollars), car un poste de travail débarrassé de ses applications Windows transformées en services Web autorise alors l’installation de tout autre OS. Mais rien pour l’instant ne prouve que ce business model de substitution est viable à terme : la publicité sur le Net sera-t-elle suffisante en volume pour se substituer aux droits d’auteurs de la musique, aux licences logicielles, etc ? Rien ne permet de l’affirmer mais Google (avec ses Google Apps) et Microsoft (avec Windows et Office Live) se préparent déjà à cette mutation.

- Un autre marché s’est alors naturellement ouvert en amont qui est celui de la « régie média » donc de la vente de plans marketing sur le Net utilisant des « mix » de publicités, achats de mots clefs, éventuellement e-mailing...  sur les sites de Microsoft , Google… et tous les autres.  Sur ce marché, la bagarre a déjà été engagée avec le rachat de DoubleClick par Google, de aQuantive par Microsoft (Digital Advertising Solutions), et de Right Media par Yahoo. C’est aussi un marché de solutions logicielles pour la mise en œuvre de la publicité en ligne, marché peu connu du grand public (Atlas chez Microsoft).
Ici aussi les positions s’opposent, le rachat de DoubleClick par Google n’ayant pas été entériné par les autorités de contrôle de la concurrence européennes. Et en France, Microsoft+Yahoo constituerait la deuxième régie média du domaine derrière Orange.


Les positions : Google , monopolistique sur le Net, Microsoft sur le poste de travail, et Yahoo! au milieu, ancienne « star » du Net dont la stratégie peu affirmée lui a fait gâcher ses chances et voir s’effriter sa position au fil des années ?  Au delà de cet avis à l’emporte pièce, qu’en est-il des positions réelles ? L’analyse des points forts et points faibles  de chacun des impétrants et la comparaison des forces en présence dans le cadre d’un « ticket » Microsoft + Yahoo montre deux blocs moins déséquilibrés qu’il n’y parait.

- La santé financière est bonne pour Microsoft et Google, en berne pour Yahoo, mais les cours de bourse ont beaucoup baissé pour Yahoo (de 30 %, revenu à la valeur initiale suite à l’OPA), mais aussi celui de Google (30 % en quelques mois), ce qui est plus surprenant, Microsoft restant globalement stable.

- Si l’on considère l’audience globale des sites séparément, Google est en tête devant Yahoo ! et Microsoft aux USA , devant MSN et Yahoo  en France. Mais le rapprochement des chiffres des second et troisième donne une audience dédupliquée globale de 135 millions de visiteurs uniques pour MSN + Yahoo aux USA contre 124 millions pour Google (et 91 millions pour AOL), et de 20 contre 22 en France (Source : Nielsen). Google néanmoins continue à progresser plus vite que ses concurrents et à gagner des parts de marché (+17,7% contre 8,5% pour Microsoft et 10,8% pour Yahoo en France).

- Si l’on ne considère que le moteur de recherche, Google domine largement en France (21 Millions de visiteurs uniques contre 9,5 Millions pour Microsoft + Yahoo), mais aux USA, les parts s’équilibrent : 108 millions de visiteurs uniques pour Google contre 104 Millions potentiels pour Microsoft+Yahoo. Néanmoins  les positions respectives dans le domaine des liens publicitaires sponsorisés restent très en faveur de Google : 76% pour Google, 18 % pour Yahoo et 6% pour Microsoft.

- Si l’on considère les positions en Services de messagerie et de messagerie instantanée, les positions de Microsoft+Yahoo dominent largement celles de Google. Hotmail et Yahoo Mail, ce sont 13 millions d’utilisateurs en France et 84 millions aux USA contre seulement  2 et 15 millions pour Gmail. Coté messagerie instantanée, MSN Messenger et Yahoo regroupent 15 millions d’utilisateurs en France et 46 millions aux USA, alors que Google est quasiment absent de ce secteur.

- En tant que site d’achat, seul Yahoo a une position forte (liée à l’intégration de Kelkoo), Google étant absent de ce créneau.

- Pour ce qui est de la mise à disposition de la « Bureautique 2.0 », on peut estimer qu’elle n’a pas encore démarré, au moins dans sa composante professionnelle.

- Un des axes stratégiques majeurs de développement semble devoir être le positionnement par rapport à la publication vidéo et aux réseaux sociaux, forts générateurs de trafic et de temps passé sur les sites. Le rachat de YouTube par Google lui donne une position forte sur le créneau de la publication, la prise de participation de Microsoft dans Facebook dans celui des réseaux sociaux, sachant qu’à priori ce sont les réseaux sociaux qui permettront un meilleur ciblage car les informations qu’ils collectent sur les Internautes lors de leur inscription puis par recoupement (leurs amis, les  groupes d’appartenance...) sont particulièrement précises et valorisables. Afin d’affirmer sa position sur ce dernier segment, Google a apporté une réponse technologique avec « Open Social » qui permet l’interopérabilité entre réseaux sociaux (hors Facebook), mais ne porte aucun « buzz » auprès du grand public.

L’objectif premier est donc bien la publicité via le trafic. Or les nouvelles sur ce marché ne sont pas aussi bonnes qu’on le dit et si la progression est toujours aussi impressionnante, les perspectives de 80 milliards de dollars sont très « méthode Coué » car beaucoup d’annonceurs constatent un  affaiblissement des taux de clics sur les publicités affichées (il serait passé de 0,75 % à 0,2 % entre 2006 et 2007) et des résultats dans certains cas assez décevants sur la publicité au clic.

Il faut donc améliorer le système et plus « personnaliser » la pub, donc mieux connaître l’internaute : le moteur de recherche permet un certain « profilage », mais limité. Ce qui permet de mieux cibler l’Internaute, c’est lorsqu’il « reste » sur le site : les vrais indicateurs dans le contexte d'évolution aujourd'hui sont donc : [nombre de visiteurs uniques + nombre moyen de visites + temps moyen passé sur le site]. Or le temps passé sur un moteur de recherche par l’internaute est de quelques minutes alors que sur les services (messageries classique et instantanée, réseaux sociaux, ..) qui "stabilisent" les internautes, le temps passé est plutôt de l’ordre de l’heure à plusieurs heures (par jour !). Vu sous cet angle, ce n’est plus seulement le moteur de recherche qui est en jeu, mais bien les services.

La bataille sera rude : Yahoo a commencé par refuser l’offre de Microsoft, sans doute pour faire monter les enchères, avec le risque de placer la barre tellement haut que plus personne ne puisse la franchir sans danger. Auquel cas la valeur boursière de Yahoo reviendra à 20 dollars et reprendra sa chute si tant est que Yahoo ne vaut plus « que » cela aujourd’hui. Certes d’autres groupes peuvent envisager de faire une contre proposition et en ont les moyens (plus de 45 milliards de dollars) : Newscorp, propriétaire de MySpace, Viacom-MTV, AOL-Time Warner… ou Google ?

Mais pour quelle stratégie, si l’on met de coté Google qui n’a aucune chance d’obtenir le feu vert des autorités de la concurrence US et européennes ? On voit mal comment une simple « collaboration » (comme celle proposée par Google) pourrait apporter une solution viable aux problèmes de yahoo. Et par ailleurs, il est évident que si l’objectif à terme est un marché des services financés « autrement », il faudra que ces futurs « associés » soient en mesure de maîtriser le déploiement d’un « système d’information » planétaire, ce qui demande des compétences que les grands groupes médias n’ont pas à ce jour.

L’alliance avec Microsoft ne donne aucune garantie des succès futurs, mais elle n’a pas si mauvaise allure que cela. Comme vu ci-dessus, les chiffres de trafic consolidés ne sont pas ridicules comparés à ceux de Google, même si leur gradient d’évolution est fortement en faveur de Google (sauf retournement du marché de la publicité, auquel cas la diversification des activités de Microsoft dans le logiciels pourrait être un facteur de stabilité). La forme que prendrait cette « association », bien malin qui peut la définir aujourd’hui. Les « cultures » des deux entreprises sont elles combinables ? Dans la douleur sans doute, mais il ne faut pas oublier que l’un des objectifs de Microsoft dans cette fusion serait aussi d’acquérir ce qui dans leur culture leur fait défaut et fait l’attrait de Yahoo (agilité ?), et par ailleurs, la culture des équipes MSN / Online Services Group est-elle si éloignée de celle de Yahoo ? Au delà de cette problématique, il restera à définir ce que sera la stratégie future, pour sinon détrôner Google, du moins le concurrencer.

PS : Pour terminer sur une boutade, les spéculations vont bon train sur le Net afin de « baptiser » le futur ensemble : Yasoft, Microhoo, ….Pourquoi pas Miyahoo ?
Par Bernard Laur

29 octobre 2007

Non la MOA/MOE n'est pas ringarde !

20071029salzman Très souvent on se plaint de la lourdeur de l'organisation des projets en mode MOA/MOE, Maîtrise d'Ouvrage/Maîtrise d'œuvre. Ce serait, une fois de plus une idée franco-française que les entreprises étrangères nous envient mais qu'elle se gardent bien d'adopter. Il n'en est rien. Ce n'est pas une idée ringarde mais au contraire une idée intéressante à mettre en oeuvre dans certains cas et toujours d’actualité. Face à la difficulté d'organiser les grands projets, l'idée est de clarifier les responsabilités en adoptant une démarche client-fournisseur.

Le client, le Maître d'Ouvrage, (MOA), est un homme qui connaît parfaitement le métier de l'entreprise. Il a la responsabilité de définir le système qu'il souhaite mettre en œuvre, définir l’ expression des besoins, rédiger le cahier des charges, confier la réalisation à un Maître d'œuvre, réceptionner l'application réalisée puis la payer.

Le Maître d'œuvre, le MOE, est un informaticien professionnel qui s'engage à concevoir l'application, à la réaliser, à la tester et à l'installer. C'est un fournisseur expérimenté capable de mener le projet à son terme.

Il est vrai que dans certains cas on constate des dérives. On voit alors s’établir un rapport de force entre deux partenaires hostiles ou en passe de le devenir. Dans ce cas la suspicion devient la règle, le système s'alourdit, une sorte de bureaucratie se met en place. L'inefficacité n'est pas loin. Mais ces cas sont relativement rares. Bien gérée, la relation Maîtrise d'œuvre-Maîtrise d'Ouvrage ne peut qu'améliorer l'efficacité du dispositif de travail.
Claude Salzman

Ressources

Maîtrise d’œuvre et maîtrise d'ouvrage (commentçamarche.et)
Maîtrise d’œuvre et  Maîtrise d’ouvrage (Wikipedia)
Maîtrise d'ouvrage et maîtrise d’œuvre (Michel Volle)


20 mai 2007

La sécurité au cœur des investissements informatiques des aéroports

20070515evenementlogo Détecteurs de métaux, contrôle de liquides, vérification aléatoire du contenu des sacs des passagers avant qu’ils embarquent... Les mesures de sécurité se sont multipliés ces derniers mois dans les aéroports. Mais bientôt, ces mesures pourront être étendues aux personnels au sol. C’est ce que vient d’indiquer l’aéroport de San Antonio (Texas) qui examine les possibilités de prendre de telles mesures. Actuellement, comme dans beaucoup d’aéroports, les personnes qui vont être embauchées font l’objet d’enquêtes de la part de la police de la Ville et du FBI. Dans le climat actuel où le terrorisme est devenu une préoccupation quotidienne, il n’est pas surprenant que, pour 97 % des personnes interrogées par la SITA lors de sa dernière enquête, les dépenses informatiques concernent avant tout la sécurité.
La suite de l'article www.itrmanager.com/64917-securite,ur,investissements,informatiques,aeroports.html

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